La Maison Zéro Déchet à Tournai : Écrire le futur en circulaire

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Et si les objets dont on ne veut plus devenaient les ressources de demain ?

C’est tout l’enjeu de la future Maison Zéro Déchet, à Tournai, un projet ambitieux piloté par l’intercommunale Ipalle et cofinancé par l’Europe et la Wallonie. Construite sur le site du recyparc de Tournai 2, cette infrastructure inédite en Wallonie réunira à terme un recyparc nouvelle génération, des espaces de collecte, de réparation, de revente et même de formation. Le tout s’inscrit dans une logique à la fois circulaire et sociale. Avec une mise en service complète prévue d’ici 2028-2029, le projet incarne un changement de paradigme : celui d’une économie qui respecte ses ressources, tout en recréant du lien et de l’emploi local.

Repenser les ressources, recréer du lien

Avec la Maison Zéro Déchet, Ipalle imagine un tout nouveau modèle de gestion des ressources : plus durable, plus local, plus humain.

Depuis de nombreuses années, Ipalle gère les déchets de 23 communes de Wallonie picarde (+/-356.000 habitants), des 7 communes du Sud-Hainaut (+/-51.840 habitants) et de Lens (+/-4.630 habitants), et anime un réseau de 26 recyparcs. Forte de ce terrain, l’intercommunale passe à l’étape suivante : organiser, sur un même site, toute la chaîne de prévention et de revalorisation — collecte, tri, nettoyage, réparation, upcycling, revente — pour que ce qui a encore une valeur d’usage ne devienne plus un déchet. « En 2025, on ne peut plus être sur une économie linéaire et on doit pouvoir préserver nos ressources qui deviennent de plus en plus rares », souligne Louise Demasure, cheffe de projet. « Notre ambition, c’est de créer une chaîne complète de revalorisation, de l’objet déposé au recyparc jusqu’à sa remise en circulation, en intégrant aussi la formation. C’est un modèle unique en Wallonie, avec une vraie volonté d’innovation sociale et environnementale.»

Trois espaces pour une approche globale

Sur un seul et même site, 3 espaces distincts prendront place :

  • Un recyparc nouvelle génération : accès fluide, tri optimisé, préparation au réemploi au plus près de l’usager
  • Un espace “Seconde chance” : il combine un atelier de tri et de réparation, où seront également formés de nombreux « valoristes »
  • Un espace de “Partage” : tiers-lieu rassemblant ateliers créatifs, repair cafés, conférences, éducation à l’environnement et à l’économie circulaire.

L'idée, c'est de rassembler ensemble des activités (…) pour avoir une économie d'échelle.

Louise Demasure, cheffe de projet de la Maison Zéro Déchet

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Un site symbolique et accessible

Située aux portes de Tournai, la Maison Zéro Déchet a été pensée pour être accessible à pied, à vélo ou en transport public. Elle se connecte aux mobilités douces et propose un parcours lisible qui donne envie d’entrer, de comprendre, de participer. « Le lieu doit intriguer, donner le goût du réemploi, faire découvrir des usages et des matériaux », explique la responsable du projet. Par ailleurs, sa proximité avec le centre commercial des Bastions permet de faire un joli pied de nez à nos habitudes de consommation. « Comme on est sur le chemin, l’idée c’est d’installer une réflexion, que l’on se dise “je vais d’abord aller voir à la Maison Zéro Déchet”.

Un projet possible grâce à l’Europe

Cofinancée par l’Europe et la Wallonie, la Maison Zéro Déchet représente un investissement indispensable et important , à hauteur de 12,8 millions d’euros. « Sans les fonds européens, ce projet n’aurait jamais pu voir le jour à cette échelle », reconnaît la cheffe de projet. La gestion des déchets ne rapporte pas d’argent, en soi. Donc si on n'a pas ce genre de subsides, on ne peut pas développer des projets avec ce sens-là, même s'ils sont primordiaux pour l'environnement. »

La mise en service complète de la Maison Zéro Déchet est attendue à l’horizon 2028-2029. Les différents espaces verront ainsi le jour progressivement : d’abord le nouveau recyparc en 2026 puis, lorsque le recyparc actuel sera démoli, les autres bâtiments prendront alors leur place. Bâtiments qui seront conçus, eux aussi, pour être les plus durables possibles.

Côté impact, la Maison Zéro Déchet vise une montée en capacité de tri/réutilisation afin de réduire la production annuelle de déchets. Objectif avoué : atteindre 8 kg par habitant par année de biens réutilisés, tel que préconisé par la Wallonie.

Ce n’est pas toujours facile à mettre en œuvre, mais cela fait partie de notre rôle de service public en termes de sensibilisation, et pour mettre en capacité les citoyens. Il faut penser à ce qu'on laissera à nos enfants plus tard, notre consommation à l'heure actuelle a une conséquence et on doit pouvoir l'assumer.

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Ici, les objets ont droit à une seconde vie

Grâce à un espace de vente repensé, la Maison Zéro Déchet offrira aux objets une nouvelle chance d’être utiles, ailleurs, autrement.

Au sein de la Maison Zéro Déchet, l’espace Seconde Chance occupera une place centrale. Et pour cause, c’est de là que seront remis en circulation les objets collectés dans les recyparcs, après nettoyage, rénovation, réparation ou simple contrôle. « On parle ici de meubles, d’outils, de vaisselle, de jouets… tout objet ayant encore une valeur ou un potentiel de réutilisation », explique Louise Demasure. « Les agents seront formés pour sensibiliser et aider les citoyens. On veut vraiment replacer le "seconde main" face à cette société de grande consommation et que cela devienne le premier réflexe. », commente Louise. 

Une fois récoltés, les objets seront d’abord triés, vérifiés, réparés et transformés si nécessaire, avant d’être dispatchés dans les différentes ressourceries partenaires. « Pour développer le réemploi, il faut créer d’avantage de valeur ajoutée. Les meubles, par exemple, pourront être retapés, resablés, repeints…avec pour objectif des créer des beaux objets « à la mode ». avec les ressources locales.On veut pouvoir dire “venez chez nous, vous pourrez acheter une superbe pièce en bois massif, plutôt qu’un meuble qui vient de l'autre bout du monde dans une grande enseigne. » 

Avec cette initiative, IPALLE entend non seulement prolonger la durée de vie des objets, mais aussi sensibiliser le public à la valeur des choses. « Acheter d’occasion, c’est un geste écoresponsable. Mais c’est aussi un acte économique et solidaire. »

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Le Partage, un espace où les idées circulent autant que les objets

Dans ce tiers-lieu hybride, la Maison Zéro Déchet veut recréer du lien autour de l’économie circulaire.

Au cœur du site, un espace collaboratif prendra place : Le Partage. Ce tiers-lieu accueillera des ateliers créatifs, expositions, ciné-débats, conférences et autres moments d’échange... bref, tout ce qui peut faire circuler les savoirs et les idées.

C’est un espace dédié à la formation, à la sensibilisation, à l’éducation du grand public à l’économie circulaire. Il doit s’adapter à des usages très variés.

La vocation est double : donner envie d’agir (gestes concrets, retours d’expérience) et créer du lien entre habitants, associations, écoles, entreprises, stagiaires. Le bâtiment lui-même applique la logique circulaire : modularité, matériaux durables, apport de lumière naturelle, protections passives, photovoltaïque… « On a vraiment poussé la logique jusqu’au bout : concevoir un lieu durable, qui puisse évoluer ou se réaffecter si nécessaire. »

Ce lieu veut aussi favoriser les rencontres entre publics très différents : habitants, acteurs associatifs, professionnels, jeunes en formation… En d’autres termes, cet espace a pour but de démontrer que l’économie circulaire ne concerne pas qu’une question de gestion de matières, mais qu’il s’agit avant tout d’une dynamique sociale.

Le Partage servira aussi d’espace d’expérimentation pour de nouvelles pratiques. « On veut que ce lieu soit vivant, évolutif, et porté collectivement. »

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Se former pour transformer

La Maison Zéro Déchet prévoit de former des stagiaires en insertion au métier de valoriste. Une utilité sociale et une opportunité professionnelle, avec des débouchés bien réels. Ipalle s’associera aux partenaires locaux de l’économie sociale pour la gestion des activités du site.

Réparer, démonter, trier finement, reconnaître les matériaux, upcycler… ces compétences s’apprennent en situation réelle. C’est tout l’objet de l’espace formation : plateaux techniques, tutorat, mises en pratique sur les flux du site. 
Au bout du parcours : des profils opérationnels pour les ressourceries, ateliers de réparation, entreprises de matériaux de réemploi, opérateurs publics…

Que la transition écologique soit aussi une opportunité sociale, c’est au cœur du projet.