Projet Anthemis : quand une cimenterie wallonne parie sur la capture du carbone

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Pilier central de la programmation FEDER 2021-2027, la réduction des émissions de gaz à effets de serre dans les grandes entreprises profite d’un élan fort en Wallonie. Parmi les projets engagés vers une décarbonation de leurs process industriels, le cimentier Heidelberg Materials ambitionne de réduire ses émissions de plus de 800.000 tonnes de CO₂ par an à partir de son usine d’Antoing.

Une décarbonation portée par quatre projets industriels stratégiques

La réduction des émissions de CO₂ comprend son lot d’enjeux et de défis technologiques. En Wallonie, certaines grandes entreprises comme les cimenteries sont particulièrement exposées à ceux-ci du fait de la nature de leur activité. Conscientes de leur impact environnemental et du rôle qu’elles ont à jouer pour initier un changement de paradigme, celles-ci s’inscrivent de plus en plus dans une démarche écoresponsable d’envergure afin d’alléger leur empreinte carbone de manière efficace tout en valorisant le territoire sur lequel elles exercent leurs activités.

Dans le cadre de la programmation FEDER-FTJ 2021-2027 de la Wallonie, approuvée par la Commission européenne, quatre projets ont pu investir afin de tendre à cet objectif :

  • L’activité ciment de Heidelberg Materials Antoing (Tournai) : modification de la ligne de cuisson pour éliminer les combustibles fossiles, installation d’une unité de capture de CO₂ et récupération de chaleur
  • Holcim Belgique (Mons) : installation d’un four à clinker en voie sèche avec oxycombustion et récupération de chaleur fatale
  • CCB – Compagnie des Ciments Belges (Tournai) : modernisation d’un four à clinker, récupération de chaleur, raccordement au réseau de biogaz et installation d’un parc éolien
  • Aperam Stainless Belgium (Châtelet) : valorisation de chaleur fatale pour produire de l’électricité décarbonée, amélioration énergétique des fours de recuit et installation d’une unité de biométhanisation

Heidelberg Materials et son projet Anthemis

Derrière ce nom qui semble tout droit sorti de la mythologie grecque ne se cache pas une divinité, mais un acronyme bien plus complexe : Antoing Heidelberg Materials Emissions Integrated Solution.

Anthemis, c’est un projet ambitieux qui tend à un objectif clair : capturer le CO₂ issu de la calcination et de la clinkerisation de la pierre calcaire.

Sur le plan technique, le projet consiste à moderniser l’ensemble de la ligne de production, depuis les systèmes d’injection et de combustion des sources d’énergie jusqu’au traitement des gaz. L’objectif est de transformer progressivement l’usine en un véritable "piège à carbone", capable de capter et de réduire significativement ses émissions de CO₂.

 
 

Dans un schéma de combustion classique, un combustible est d’abord brûlé à l’air ambiant pour créer une flamme qui alimentera le four afin d’amener la matière à la température nécessaire. Les gaz de combustion –comprenez : un mélange de CO2, d'azote et d'autres composants– sont alors filtrés pour respecter les normes d'émission, puis libérés dans l'atmosphère.

Avec le projet Anthemis, le procédé est profondément transformé. Au lieu d’être alimenté par de l’air, le four fonctionnera à l’oxygène pur. Cette technologie, appelée oxycombustion, élimine presque totalement l’azote présent dans l’air. Les fumées de combustion sont ainsi beaucoup plus concentrées en CO₂, ce qui facilite sa récupération et son captage.

Ce CO₂ concentré est ensuite acheminé vers une unité de purification par cryogénie, un procédé qui exploite les propriétés du froid extrême pour séparer et purifier les gaz et qui permet d’obtenir un CO₂ d’une pureté suffisante pour être transporté dans des réseaux de pipelines dédiés et stocker de façon permanente dans des formations géologiques profondes comme, par exemple, d’anciens champs gaziers épuisés en mer du Nord.

La cimenterie d’Antoing, un lieu stratégique au cœur de l’Europe

 
 

Si l’usine d’Antoing a été choisie pour intégrer ce nouveau processus de stockage de CO₂ à son éventail industriel, ce n’est pas un hasard. En effet, le site possède un palmarès environnemental déjà impressionnant plaçant cette usine dans le top européen, résultat d’investissements réalisés au cours des 30 dernières années pour réduire le plus possible ses émissions puisque l’usine d’Antoing dispose, notamment, d’un four voie sèche, moins énergivore et qui émet donc moins de CO₂ qu’une installation voie humide. Entièrement modernisé en 2021, le four peut dès lors intégrer l’unité de capture du carbone sans autre modification majeure de l’installation.

Mais c’est aussi du fait de son emplacement que la cimenterie se démarque.

De manière générale, les cimenteries sont implantées à proximité des carrières de calcaire dont elles dépendent pour leur production. Or, pour que la capture du CO₂ soit viable sur le plan économique, encore faut-il pouvoir acheminer ce carbone vers des sites de stockage, généralement situés en milieu côtier ou sous-marin.

À cet égard, le site d’Antoing bénéficie d’un atout majeur. Situé à une distance raisonnable du port de Zeebrugge, futur hub essentiel pour le transport du CO₂ via des infrastructures de pipelines et des connexions maritimes, il offre un accès privilégié aux filières de stockage du carbone.

« Le site constitue également une porte d’entrée pour Heidelberg Materials au Benelux et, au-delà, vers l’Allemagne, l'une des principales zones émettrices de CO₂ en Europe occidentale », souligne Frédéricq Peigneux, porte-parole du projet.

Un impact socio-économique et citoyen au cœur des ambitions wallonnes et européennes

 

Dans une région où l’industrie cimentière représente une partie active de l’économie, l’usine d’Antoing et sa carrière génèrent un nombre important d’emplois directs et indirects dans la région. En plus de consolider ces emplois, le projet Anthemis pourra en créer d’autres, et s’inscrit donc pleinement dans la ligne stratégique européenne en la matière.

Sur le plan écologique, le projet se mène en parallèle d’une réflexion plus générale concernant le bien-être citoyen. En effet, le processus permettra à terme d’assainir l’air ambiant, ce qui s’inscrit pleinement dans les directives européennes en matière d’émission.

« On a informé les riverains dès le départ de notre volonté de développer ce projet. L’objectif était de démystifier un certain nombre de croyances sur le secteur cimentier, et de rassurer les gens que cette capture de CO₂ avait pour objectif de rendre l’usine encore meilleure. »

Soutenir l’économie locale grâce à une démarche globale

Avec le projet Anthemis, Heidelberg mise sur l’avenir et se positionne comme un leader affirmé en matière d’innovation dans le secteur de la cimenterie et, plus globalement, dans celui des matériaux de construction.

Pour l’Europe et la Wallonie, ce projet représente une opportunité de concilier performance économique et transition environnementale. Générateur d’activité et d’emplois, il s’appuie sur des fondations environnementales robustes afin de réduire l’empreinte carbone de l’industrie. Il participe ainsi au développement d’une filière de construction plus durable, au bénéfice des citoyens, tout en renforçant la compétitivité industrielle et la résilience des chaînes de valeur européennes.

Le projet s’inscrit également, de manière inévitable, dans les objectifs de neutralité carbone de la région wallonne, de la Belgique et, par conséquent, de l’Europe.