Microélectronique: l’UCLouvain creuse son sillon
Date de publication: 1 octobre 2026
Grâce à l’acquisition de deux nouvelles machines de pointe, réalisée à l’aide de fonds wallons et européens, l’UCLouvain renforce ses capacités en matière de micro-électronique. Tout bénéfice pour la recherche mais aussi pour nos entreprises.
Elles sont dans vos smartphones, vos voitures, vos drones ou vos objets connectés, mais aussi dans les équipements médicaux, spatiaux et de défense : les micropuces sont aujourd’hui partout. À Louvain-la-Neuve, l’UCLouvain vient de renforcer ses capacités pour développer et tester ces technologies grâce à deux nouveaux équipements de pointe acquis avec le soutien de l’Europe et de la Wallonie.
Installées au sein des plateformes WINFAB et WELCOME, ces nouvelles machines représentent un investissement de 1,4 million d’euros dans le cadre du projet SUE-ELEN.UCLOUVAIN.EQUIP. Elles viennent renforcer deux étapes essentielles de la microélectronique : fabriquer des composants et vérifier leurs performances.
Concrètement, le financement a permis l’acquisition :
- D’un équipement de gravure profonde du silicium, installé chez WINFAB, qui permet de façonner avec une extrême précision de minuscules structures utilisées notamment dans des capteurs ou des dispositifs microélectroniques.
- D’un banc de test sous pointe chez WELCOME, grâce auquel chercheurs, étudiants et industriels peuvent analyser leurs composants, tester leurs performances et étudier leur comportement dans différentes conditions de température ou de fréquence.
Une "micro-sableuse" à l’échelle d’une puce
Derrière son imposante carrosserie, la première machine travaille pourtant à une échelle presque invisible.
« On peut voir cette machine comme une micro-sableuse, compare Nicolas André, Logisticien de recherche à l’UCLouvain. C’est un peu comme sabler une façade, sauf qu’ici, on contrôle des ions pour enlever de la matière à des endroits extrêmement précis, couche atomique par couche atomique. »
Grâce au plasma et à différents gaz, la machine peut ainsi créer des réactions pour creuser très précisément le silicium et autres matériaux afin de créer de minuscules cavités, membranes ou pièces mécaniques. Des structures qui pourront ensuite entrer dans la fabrication de capteurs de pression, de gaz ou encore de dispositifs biomédicaux.
L’équipement complète un parc machines dont certains éléments datent de près de vingt ans. Le soutien européen permet donc à l’Université de moderniser son infrastructure, de sécuriser cette capacité de recherche pour les prochaines années et de rester au niveau des technologies actuelles.
« Dans notre secteur, il est tout aussi important d’investir dans du nouveau matériel que dans l’entretien d’équipements actuels, précise Valeriya Kilchytska, Logisticienne de recherche. Nous avons une garantie de qualité à assurer aux entreprises qui passent chez nous et pour cela, l’ensemble de notre matériel doit être aux specs (respecter un ensemble d'exigences techniques, de normes et de performances, NDLR). »
Fabriquer ici, tester quelques mètres plus loin
S’intégrant dans le même environnement, la plateforme WELCOME complète le travail avec son nouveau banc de mesure.
Celui-ci permet notamment d’étudier le courant, le bruit électrique ou encore le comportement de composants à différentes fréquences et températures. Il vient surtout renforcer une infrastructure déjà très sollicitée : l’ancien banc pouvait fonctionner 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, tout en nécessitant des changements de configuration réguliers entre certains types de mesures.
Cette proximité est un véritable atout : un dispositif peut être développé chez WINFAB puis être mesuré et amélioré chez WELCOME, au sein du même environnement universitaire. Et lorsqu’une compétence n’est pas disponible sur place, les équipes peuvent orienter les porteurs de projets vers d’autres partenaires spécialisés.
Un terrain d’essai pour les entreprises wallonnes
Ces équipements ne sont pas réservés aux chercheurs et aux étudiants.
Tout au long de l’année, les plateformes accueillent de nombreux passages et collaborations d’entreprises, certains ponctuellement, d’autres dans le cadre de partenariats de longue durée. Les entreprises viennent y développer un prototype, tester un matériau, caractériser un composant ou produire de petites séries avant, éventuellement, de passer à une production industrielle à plus grande échelle.
L’intérêt est particulièrement important pour les PME et les startups : plutôt que d’investir elles-mêmes dans des équipements extrêmement coûteux, elles peuvent bénéficier des infrastructures et du savoir-faire présents à Louvain-la-Neuve, avec beaucoup plus de souplesse que dans une chaîne de production industrielle.
Cette dynamique est notamment prolongée par ChipsWIN, le Centre de compétence wallon en microélectronique. Lequel réunit l’UCLouvain, Imagine Microelectronics et IGNITY afin d’aider les entreprises wallonnes à développer leurs projets, notamment par la formation, l’expertise et l’accès aux plateformes technologiques.
De Louvain-la-Neuve à un enjeu européen
Ces investissements locaux prennent tout leur sens lorsqu’on élargit le cadre.
Aujourd’hui, l’Europe représente environ 10 % de la production mondiale de semi-conducteurs. Avec son European Chips Act, initié en juillet 2026, elle ambitionne de porter cette part à 20 % d’ici 2030 et de renforcer son autonomie dans un secteur devenu stratégique.
Cela passe par des capacités de production mais aussi par la recherche, le prototypage, la formation et la mise en réseau des compétences. ChipsWIN s’inscrit justement dans le réseau de centres de compétence européens « aCCCess », afin de se compléter et d’orienter les entreprises vers l’expertise dont elles ont besoin.
Valeriya Kilchytska souligne d’ailleurs la nécessité d’une collaboration européenne forte : « Dans notre domaine, on ne peut plus rien faire tout seul. La collaboration internationale est très importante : fabrication, modélisation, simulation… chacun possède des compétences très pointues et complémentaires. »
Maintenir ces savoir-faire en Wallonie suppose donc de disposer des bons cerveaux mais aussi des bons outils. En permettant l’acquisition et le renouvellement d’équipements de pointe, les financements européens et wallons contribuent directement à maintenir la recherche et nos entreprises dans la course technologique.